Puissance et Délicatesse : Mon Ancrage Esthétique
J’aime à croire qu’il existe un dialogue essentiel et silencieux entre l’immensité de la nature et la plus petite des parcelles de matière. Cet échange rêvé , idéalisé , est au cœur de mon travail. Mes bas-reliefs papier s’inscrivent dans un ancrage esthétique puissant : celui des massifs alpins. Chaque jour, je travaille cette matière fragile et délicate qu’est le papier et chaque jour mon regard se pose sur les sommets. Je ne cherche pas à reproduire le paysage tel qu’il est. La place de la montagne dans mon travail est différente. Elle est partout , même là où on ne la pense pas et là où ne la voit pas. Mon scalpel , outil de métal est le médiateur parfait entre Elle et moi. Parfois j’écris des poèmes. Une poésie du quotidien. Et à ma manière , j’écris aussi des poèmes en sculptant mes bas-reliefs de papier. Et à Sa manière , la montagne est présente dans chacun d’eux.

Le paysage : ma discipline sensorielle
Un jour, il y a eu l’appel de la montagne. Elle , éternelle et majestueuse. Moi , parisienne et citadine dans la foule. Cet appel à changer mon art. L’environnement naturel et puissant qu’offre la vie en montagne à immédiatement et définitivement traversé mon travail. Cette relation à la nature , à ses rythmes est rapidement devenu une condition essentielle à la créations de mes œuvres. La montagne, ses sommets , ses forêts , sa neige en hiver , sa luxuriance au printemps , son été , son automne me nourrissent , et en cela nourrit ma pratique. Au quotidien elle est devenue ma discipline sensorielle et au fil du temps et des années mon geste d’inciser , de dessiner , de peindre s’est forgé sous son regard. Elle m’impose une rigueur , un rythme. J’ai la chance d’avoir pour prolongement de l’atelier , la Nature ; Belle , puissante et ressourçante . Les heures de travail s’égrainent et s’entrecroisent avec mes escapades en montagne.

Altitude et lumière brute : une alliance naturelle
Dès la première incision faite dans la feuille de papier , je pense à la lumière. Celle qui viendra révéler toutes les nuances et subtilités du bas-relief une fois terminé. Mais son rôle essentiel ne se limite pas à cette fonction révélatrice car la lumière accompagne le processus créatif dès son origine. Je vis en altitude et la lumière n’est pas la même que celle reçu en pleine. Il y a en Elle une intensité particulière, reconnaissable par tout ceux qui vivent là-haut. C’est la lumière brute de la montagne , intense et tranchante . Cette lumière transforme ma perception et , in fine , mon œuvre elle-même. Avec elle s’installe un dialogue fondamental entre l’ombre , la lumière et le papier. Un dialogue à petite échelle qui rappelle celui qui se joue à grande échelle entre les faces rocheuses des montagnes et la lumière changeante des jours.


