
L’incision initiale semble être l’acte de naissance du bas-relief. Sous l’acier, je vois la matière s’organiser et grandir. Pourtant, je sens que l’origine est ailleurs, plus en amont du premier trait. Ce matin, en remontant le fil du geste, je comprends : l’œuvre s’amorce bien avant la coupure, au moment précis où je prête l’oreille au papier.
Dans ce petit espace sonore qui porte en son sein le champ de tous les possibles. Là où ma lame attend face à une fibre de papier au repos. Un interstice qui se déploie – un temps suspendu à la lisière de l’idée et de la forme. C’est là, dans cet espace d’attente fertile que j’aime à nommer mon « espace de guet » , que je situe la naissance véritable de mes bas-reliefs papier.

L’incipit , mes premiers vers pour un poème de papier
Une feuille blanche. Sous sa neutralité apparente s’étend un silence qui pourtant n’est qu’illusion. On imagine une page immobile, un désert de fibre où rien ne se passe. Pourtant, une fois franchi le seuil de l’évidence, on y entend les grains du papier danser sur une partition déjà bien habitée !
Vierge, la page vibre ses propres notes. De sa granulation singulière et de ses nuances presque invisibles naît une musique feutrée, à peine sortie du sommeil. C’est là le point de départ de mon incipit.
À partir de cette pulsation, je compose. Je m’adosse à sa musicalité pour écrire ma propre histoire et créer une invitation au voyage. Je saisis le rythme caché dans la matière pour l’accorder à ma propre cadence. Le scalpel est mon instrument. De musique. De vie. De création. Par la scansion des sillons que je trace, j’offre enfin au bas-relief la liberté d’éclore.

La scansion : une rythmique de l’entaille au scalpel
L’incipit est posé. Le temps change de mesure ; « l’espace de guet » devient un « espace de pulsations ». Ici commence la scansion.
Au scalpel, j’articule les silences. Chaque incision devient une ponctuation visuelle, un battement qui vient cadencer la feuille de papier. Dans cette répétition rythmique, chaque entaille appelle la suivante comme le vers appelle la rime. Ainsi l’onde se crée , se propage et soulève le plan.
Fendre le papier. Un bruit sec, unique. Entailler le support pour changer les vers du poème. Un équilibre de funambule : trouver la profondeur exacte pour que la note matérialisée sonne juste. Au bout des doigts comme à l’oreille. Et sous l’accumulation des gestes et des coupures, le volume s’extrait de lui-même. La lumière s’y accroche, les ombres s’animent.
« l’œuvre s’achève : trace visible d’une écoute invisible — fragment de vivant qui s’obstine à vibrer au cœur de la matière. »

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